Sentiment en mer et rencontre avec Keith Turbide

La mer, elle me fait peur autant qu’elle me fascine. Des fois, je réalise que je suis au milieu de l’océan Atlantique, c’est impressionnant. La mer à perte de vue. Si mes calculs sont bons, nous avons l’eau à 360 degrés et les Îles sont, selon la chanson, à 48 degrés et des étoiles. Je suis donc à 408 degrés et des étoiles de bonheur. C’est poétique pas croyable mon affaire. Ça doit être ça « l’effet mer »

Le voyage se passe vraiment bien. Le corps s’habitue au mouvement. Outre les précieux conseils de mon amie pharmacienne, si ça ne va pas bien, j’ai reçu en masse de trucs de la part de marins à bord. « Des chips nature salées », « une mie de pain (sans les croûtes, c’est très important) », « aller dehors en arrière du bateau pis regarder l’horizon ». Le conseil le plus important « avoir de quoi dans l’estomac ». On mange tellement bien à bord et comme le dit le capitaine Arsenault « quand l’appétit va, tout va ! » 

Pendant que je pense à mes histoires et mes mots, il y a du monde qui travaille nuit et jour pour nous ramener à la maison.

J’ai eu la chance de discuter avec Keith Turbide, 4e mécanicien à bord. Il est originaire des Îles, mais à l’âge de 6 ans, il a déménagé sur l’Île-du-Prince-Édouard pour y faire ses études en français. En ayant de la famille sur l’Île et aux Îles, il a souvent emprunté le chemin du golfe Saint-Laurent. « J’ai pris le Madeleine toute ma vie, c’est ce bateau-là qui m’a donné le goût de faire ce métier-là. »

C’est pour dire comment la vie est bien faite. Parfois, un rêve d’un petit gars peut devenir la réalité d’un grand gars de plus que 6 pieds. Quelques opportunités plus tard, un diplôme de l’Institut maritime en main, il travaille pour la CTMA depuis juillet dernier. « Il y a plusieurs choix de compagnie, mais c’est la seule que je peux avoir un sentiment d’appartenance. C’est une compagnie des Îles. Ce n’est pas rien. » 

À 22 ans, il est le plus jeune membre d’équipage qui traverse l’Atlantique. Une chance inestimable pour lui de prendre de l’expérience dans son métier. 
« J’ai beaucoup de monde compétent qui travaille avec moi. En étant plus jeune, tu dois avoir de la confiance, mais tu ne dois pas avoir peur d’aller chercher de l’aide quand tu en as besoin. L’équipe de la CTMA est très bonne pour ça. » Il m’explique que le Madeleine II, c’est le bateau le plus neuf qu’il n’a jamais vu. Il est à la fine pointe de la technologie : « C’est un vrai charme de naviguer avec ce bateau-là ! »

Keith Turbide, 4e mécanicien à bord et plus jeune membre d’équipage du Madeleine II

Il a piqué ma curiosité. Je voulais savoir comment ça se passe une journée typique sur l’Atlantique. 

3:30 a.m. – C’est l’heure du réveil en travaillant sur le quart de travail du 4/8. Préparation pour descendre dans la salle des machines. 

4:00 a.m. – Dix minutes de discussion pour le changement de quart. C’est le moment de savoir ce qu’il doit vérifier davantage.

4:20 a.m. – Les vérifications commencent. Les pressions, les débits et le niveau d’huile sont surveillés minutieusement. S’il y a des modifications à faire, c’est le temps de s’y mettre.

8:00 a.m. – C’est la fin du quart. Un tour à la cafétéria pour le déjeuner et un dodo jusqu’à 11:00.

11:30 a.m. – L’heure du diner. Et ensuite un moment libre pour lire ou jouer de la musique.

3:30 p.m. – Préparation pour le deuxième quart travail. C’est la même routine qui recommence jusqu’à 8:00 ce soir.

9:00 p.m. – L’heure du dodo, car le réveil sonnera dès 3:30 comme chaque matin.  

C’est un beau métier quand tu y penses. Je sens le sentiment de fierté qui les habite. C’est gratifiant de savoir qu’avec ton travail, tu dessers une population complète.

Pier-Philippe Poirier, reporter spécial de la CTMA

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