Chronique historique 3 | Le Lucy Maud au coeur de l’évolution du mode de vie aux Îles

Une histoire d’amour qui aura duré 22 ans entre le Lucy Maud Montgomery et les Madelinots. Arrivé aux Îles en 1975, ce nouveau traversier a d’abord permis de répondre à ce besoin touristique inattendu, mais il aura aussi contribué à une évolution majeure du mode de vie aux Îles et des habitudes de consommation, par un approvisionnement plus facile et régulier avec le continent. 

Un bateau qui a déjà fait ses preuves

Si on se ramène dans le contexte des années 70 et des grosses voitures, la CTMA (et les nombreux passagers en attente sur le quai!) s’est vite rendu compte que le Manic était incapable de fournir à la pression de l’affluence touristique. Après seulement trois saisons d’opération, on le remplace par le Lucy Maud, qui peut transporter jusqu’à 100 voitures, soit le double de son prédécesseur. Soupir de soulagement… jusqu’à la prochaine décennie ! 

Embarquement sur le Lucy Maud en 1975

Vous souvenez-vous de l’époque avant le pont de la Confédération ? Vous avez peut-être déjà monté à bord du Lucy Maud, qui était alors affecté à la traverse Borden – Cap Tourmentin, pour traverser entre l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick. Ce navire a aussi servi pour la traverse Sydney – Port-aux-Basques, donc déjà éprouvé pour les conditions océaniques du golfe. Bien qu’il ne soit pas conçu pour naviguer dans les glaces, il est tout à fait adéquat pour les vagues du golfe. À son arrivée aux Îles, le Lucy Maud a déjà 10 années de service à son actif. 

Bateau d’expérience et équipage d’expérience : une recette parfaite pour voir plus loin !

Qui dit plus grand navire dit développement des services à bord et donc de l’équipage. La CTMA améliore son service à la clientèle et la main d’œuvre féminine fait de plus en plus sa place. 

Capitaine Jacques Chevarie et Bernadette Turbide, pionnière du service à la clientèle sur le traversier.

Un élément-clé de l’évolution de la CTMA et des Îles a marqué les années 80 : l’appropriation locale du savoir. Tranquillement, avec le Lucy Maud et aussi le navire-cargo CTMA Voyageur (1986), on développe des expertises locales plutôt que faire venir des gens de l’extérieur pour entretenir les navires, ou encore d’aller à Québec ou à Halifax pour les réparations hivernales. En plus de de contribuer à l’économie locale, ça permet aux équipages de la CTMA de mieux connaître le fonctionnement de leur navire, un élément crucial pour assurer une meilleure fiabilité du service. 

« Aujourd’hui, si on a toute une équipe de mécaniciens sur le traversier qui permet à la CTMA de réagir très rapidement en cas de bris, c’est qu’il y a eu des pionniers de l’expertise locale. On a eu des exemples récemment avec le Madeleine 1 alors qu’il commençait à faillir, on a bien vu qu’on avait toute une équipe de mécaniciens ici aux Îles très compétents et capables de réagir sur place au moment où on en avait besoin, même en pleine traversée ! C’était pas le cas dans les années 70-80. » (Raphaël Turbide, CFIM)

L’expertise s’est bâtie. Les pionniers ont dressé le chemin à la nouvelle génération qui poursuit le travail aujourd’hui. Toute une richesse pour une communauté insulaire. 

S’assurer d’avoir sa place : une histoire de réservation

L’arrivée du Lucy Maud ayant soulagé considérablement la pression liée à l’achalandage touristique pendant au moins une décennie, la CTMA n’a pas senti le besoin d’établir un système de réservation élaboré à cette époque. 

« À ce niveau, on assiste à une évolution très progressive du service, avec le règne de la réservation à la mitaine, disponible quelques jours avant la traversée. Avec le ralentissement économique des années 80, le défi de gestion de l’espace à bord n’était pas encore trop présent à ce moment. » (Raphaël Turbide, CFIM) 

Or, avec la remontée de la demande au début des années 90, il est temps pour la CTMA de développer un système de réservation en bonne et due forme. On revit l’époque des longues attentes à Souris, du bateau qui ne suffit plus à la demande… on se croirait revenir en arrière avec le Manic ! La CTMA met en place des solutions aux enjeux d’accès au navire, notamment l’ajout de traversées de nuit et l’implantation d’un vrai système de réservation. La clientèle peut donc mieux planifier ses déplacements pour entrer et sortir des Îles, un pas considérable pour l’industrie touristique. 

Équilibre précaire entre passagers et marchandises : vers un nouveau bateau ? 

Réapparaît aussi le conflit entre les marchandises et les passagers, qui vient d’une économie qui évolue de plus en plus sur l’archipel. Avec de nouvelles pratiques de consommation, la dépendance des commerçants à l’égard du traversier s’accentue pour leur approvisionnement, notamment les denrées fraîches de plus en plus offertes sur les tablettes d’épicerie.

D’un côté, ce développement économique met de plus en plus de pression sur le service de la CTMA, alors que de l’autre, l’économie de l’archipel s’oriente davantage sur le tourisme. Un défi majeur pour la CTMA de jongler entre ces deux besoins essentiels et de se développer afin de trouver le meilleur équilibre entre la clientèle touristique et le transport de marchandises. Il faut penser à trouver un nouveau bateau, capable de subvenir aux besoins toujours grandissants de la communauté et augmenter l’offre de services de la CTMA. 

« On voit qu’on n’a jamais arrêté de trouver des solutions et des idées pour toujours améliorer le service. C’est tout au crédit des gens qui ont travaillé à la CTMA et qui ont permis à ce service-là de grandir et de prendre l’importance qu’il a aujourd’hui ! » (Raphaël Turbide, CFIM)

Pour écouter la chronique intégrale, cliquez ici:

Dans la prochaine chronique historique: Les débuts du transport routier. 

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