Stéphane Borne, le capitaine passionné

Si l’amour des bateaux lui vient en premier lieu de son métier de pêcheur de homard, Stéphane Borne n’en est pas moins heureux de consacrer aussi sa carrière au CTMA Ranger, le plus gros remorqueur de la flotte. Le Madelinot originaire de Havre-Aubert a étudié en pêcheries de 1987 à 1990, parce que son père lui disait « Ça ne me dérange pas que tu fasses un pêcheur, mais étudie, car si jamais t’aimes pas ça, tu pourras faire un agent des pêches ! ». Le jeune Stéphane a donc commencé son parcours comme apprenti pêcheur dès ses 13 ans, allant même jusqu’à écrire qu’il s’agissait de son métier de rêve sur un bout de papier, ouvert lors de la fin de son secondaire.

Le capitaine de la Pointe-Basse, qui a maintenant 55 ans, a commencé à travailler au sein de la CTMA il y a 15 ans, comme huileur. Sa solide expérience de la pêche et de la navigation lui donnait une longueur d’avance pour intégrer la coopérative. Il a gravi les échelons comme tous les employés, de huileur à aide-mécanicien sur le Madeleine, puis comme timonier. Le pêcheur de homard, qui a toujours continué ses saisons malgré son double emploi du temps, a ensuite été encouragé par la CTMA à suivre ses cours de capitaine. C’est ce qu’il a fait, allant aussi loin que Capitaine 3 000 tonneaux. Il ne lui resterait qu’un seul cours à suivre (capitaine sans restriction) afin de pouvoir conduire un navire comme le Madeleine II ! 

Selon Stéphane, ses cours ont été essentiels afin de bien comprendre la réalité du travail. Toutefois, malgré sa formation complète, c’est surtout sur le terrain qu’il apprend : « J’ai commencé comme capitaine sur le Spanish Mist en 2018. J’ai appris moi-même à le conduire. Et en avril 2022, je suis devenu capitaine sur le CTMA Ranger. C’est une compagnie de l’extérieur qui est venu nous le livrer, depuis la Norvège! J’ai eu une seule journée de formation, et j’ai appris le reste, pour ensuite pouvoir le montrer à d’autres, » rapporte le pêcheur de formation. 

Quand on lui demande ce qu’il aime de son travail, il est sans équivoque : « À la CTMA, on est gâtés pourris ; plus je vieillis, plus je m’en rends compte! Ils prennent soin de leurs employés. Tsé, si j’étais pas heureux ici, je me serais consacré juste à la pêche! Mais c’est pas ça qui s’est passé, pis pourtant, j’adore la pêche! » s’exclame Stéphane en riant.

Capitaine du plus gros remorqueur 

Les services de remorquage sont plus qu’importants pour la coopérative, puisqu’ils permettent aux bateaux qui arrivent au quai de Cap-aux-Meules d’accoster par vents forts. Le caractère parfois imprévisible des besoins en remorquage oblige toutefois Stéphane et son équipe du CTMA Ranger à composer avec des horaires sur appel, 7 jours sur 7, 365 jours par année. Autre facette du travail : l’équipage doit obligatoirement être sur place dès qu’un pétrolier entre ou sort du quai, avec un préavis d’environ un jour à l’avance. « Moi, les horaires ont tout le temps fait mon affaire, parce que j’avais un autre métier, pis parce que j’aime ça » confie Stéphane Borne. Doté d’une bonne polyvalence, le remorqueur peut autant aller aider lors des opérations de dragage que devenir un bateau-pompier en cas d’incendie. 

Son équipage est composé d’au minimum 4 personnes, une obligation pour manœuvrer le CTMA Ranger. Ils sont d’ailleurs souvent amenés à dormir et vivre sur le remorqueur, entre autres lors de leur mission de plusieurs jours consécutifs dans le chenal de Mines Seleine, bien souvent après le congé des Fêtes. Le bateau sert alors de brise-glace aux bateaux étrangers qui souhaitent se rendre à la mine ; il s’agit aussi du plus gros défi du capitaine d’expérience. « Quand il y a des conditions de glace et de forts courants, souvent la nuit, et qu’un bateau qui fait 8 fois ta grosseur est derrière toi, y’a toujours un niveau de stress car si tu arrêtes, il te rentre dedans et t’es fini. Lui, c’est impossible qu’il s’arrête ! » détaille avec enthousiasme le pêcheur de la Pointe-Basse.

Ce qui pourrait être un défi insurmontable pour d’autres est une source de motivation pour Stéphane Borne. Vrai homme d’action, il se nourrit de l’aspect non routinier de son travail. « J’ai toujours aimé être sur l’eau. Pour la pêche comme la navigation, y’a rien de routinier. Y s’passe toujours quelque chose, ça te demande une adaptation constante. J’adore ça ; tu fais plein d’affaires, pis souvent t’es appelé quand ça a pas d’allure, parce qu’ils ont besoin de toi ! » affirme le capitaine.

L’homme aux multiples talents

Si Stéphane aime tant son poste, et y est grandement apprécié, c’est qu’il possède un sang-froid légendaire en plus d’excellentes capacités de communication. Une compétence qui n’est pas à négliger, puisqu’il est, dans sa cabine, responsable de recevoir les demandes d’aide d’autres capitaines nécessitant du remorquage. Que les demandes soient faites en anglais ou en français, il saura y répondre! Être capitaine du CTMA Ranger demande donc une grande écoute, puisqu’il doit exécuter les instructions reçues des autres capitaines dans le besoin. « Je peux donner des conseils, mais c’est le capitaine qui décide, car c’est son bateau! » ajoute Stéphane Borne.

Un très grand calme et une bonne maîtrise de soi est donc requis pour agir en situation d’urgence. C’est ce qui lui permet d’intervenir durant des tempêtes ou autres situations difficiles. C’est aussi rassurant pour les autres capitaines de savoir que le remorqueur est sur place, au besoin.

Dans ses temps libres, le pêcheur de homard adore voyager ; il essaie de faire deux grands voyages par année ! Celui qui a fait de la voile pendant longtemps rapporte toutefois faire partie de la génération où le travail était ce qu’il y a de plus important, et qu’encore à ce jour, c’est ce qui passe en premier pour lui. « De plus en plus, je pense arrêter la pêche pour me concentrer à la navigation chez CTMA. Je veux vraiment y finir ma carrière, c’est mon cheminement qui m’y amène. J’envisage le changement dans un avenir quand même rapproché, après 35 ans comme capitaine de bateau de pêche, je suis du pour ma retraite de ce métier ! » conclut Stéphane Borne avec un sourire en coin. 

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